preface

Corps, rituels et icônes d'aujourd'hui

Préface du catalogue, par Michel Journiac, 1993

1. Préalable

Qu'il s'agisse d'images fixes, d'images animées, de dispositifs… l'une des questions qui me semble première et que sous-entend l'intitulé : "Le Corps, rituels et icônes de l'aujourd'hui" est celle de la présence.

Corps/Présence - Corps/Représentation

De l'Idole à l'Icone, des Iconoclastes aux Iconodules, de l'Abstraction Idéaliste aux "Faux monnayeurs de l'Image et des Mots", le Corps reste l'Enjeu de la Représentation. Et la question dans sa formulation actuelle est peut-être celle d'un "Visuel" confondu avec l'"Image", ce "Visuel" dont le propre est d'avoir l'apparence du vrai mais d'être manimulable à merci, au service d'un "libéralisme" où tout se vaut, confondu avec la création, utilisant les techniques contemporaines (photo, film, vidéo) et leurs moyens de diffusion (production filmique, production télévisuelle, etc…)

Ce "Visuel" promeut et dénonce, dans un volontaire confusionisme : la "Civilisation de l'Image", introduit l'idéologie du désordre où se dissout l'Acte Créateur, comme se dissolvent les oppressions dans un magma économico-financier en apparence inexorable, baptisé Crise.

C'est à partir de ce constat présent qu'il me semble impossible de négliger que peut s'engager une recherche plastique, si elle est rupture avec ce consensus confusionnel, si elle se situe hors, si elle s'appréhende comme ce qui exclut pour être et agir ; elle échappe à la domestication.

2. Constat

L'histoire a commencé d'une expulsion pareille.
Nous sommes les enfants de ceux qui ont cédé la place.
Nous sommes les enfants d'histoire de ceux qui ont cédé le pas.
M. Serres

3. À propos de cette mise en espace

Quelque part, nécessairement elle inscrit le travail dans un espace réel, elle est présentation à l'autre. Confrontation, elle est tentative de percevoir son travail autrement que dans l'accumulation d'essais rassemblés, dissimulés en un dossier, ou dispersés sur une table de formica marron où les propositions s'annulent les unes les autres, physiquement.

La mise en espace que permet ces trois jours à la galerie J. et J. Donguy, n'est pas "Exposition", Palmarès, Récompense… Elle est continuation du travail de l'année, interrogation sur le futur Pésentation/Confrontation, elle peut permettre dans un donné à voir, à soi et à l'autre, d'appréhender, dans sa présence matérielle le "désir de Faire".

Elle peut être l'occasion de préciser la démarche de chacun, de la percevoir autrement, de la transformer, d'accepter l'aventure de la vivre, ou d'en constater l'impossibilité, au delà de l'attribution de l'UV ou du titre.

Elle est une nécessité que toute approche de la création plastique dans sa spécificité, ne peut ignorer.

Michel Journiac
Paris, le 21 mai 1993